lundi 25 mars 2013

Séquence 1 texte 3



      Séquence 1 : Le personnage de roman au féminin

 Texte 3 : L’héroïne réaliste

 Dès le commencement de juillet, elle compta sur ses doigts combien de semaines lui restaient pour arriver au mois d’octobre, pensant que le marquis d’Andervilliers, peut-être, donnerait encore un bal à la Vaubyessard. Mais tout septembre s’écoula sans lettres ni visites.
        Après l’ennui de cette déception, son cœur de nouveau resta vide, et alors la série des mêmes journées recommença.
        Elles allaient donc maintenant se suivre ainsi à la file, toujours pareilles, innombrables, et n’apportant rien ! Les autres existences, si plates qu’elles fussent, avaient du moins la chance d’un événement. Une aventure amenait parfois des péripéties à l’infini, et le décor changeait. Mais, pour elle, rien n’arrivait, Dieu l’avait voulu ! L’avenir était un corridor tout noir, et qui avait au fond sa porte bien fermée.
        Elle abandonna la musique. Pourquoi jouer ? qui l’entendrait ? Puisqu’elle ne pourrait jamais, en robe de velours à manches courtes, sur un piano d’Érard, dans un concert, battant de ses doigts légers les touches d’ivoire, sentir, comme une brise, circuler autour d’elle un murmure d’extase, ce n’était pas la peine de s’ennuyer à étudier. Elle laissa dans l’armoire ses cartons à dessin et la tapisserie. À quoi bon ? à quoi bon ? La couture l’irritait.
       – J’ai tout lu, se disait-elle.
        Et elle restait à faire rougir les pincettes, ou regardant la pluie tomber.
        Comme elle était triste le dimanche, quand on sonnait les vêpres ! Elle écoutait, dans un hébétement attentif, tinter un à un les coups fêlés de la cloche. Quelque chat sur les toits, marchant lentement, bombait son dos aux rayons pâles du soleil. Le vent, sur la grande route, soufflait des traînées de poussière. Au loin, parfois, un chien hurlait : et la cloche, à temps égaux, continuait sa sonnerie monotone qui se perdait dans la campagne.
       Cependant on sortait de l’église. Les femmes en sabots cirés, les paysans en blouse neuve, les petits enfants qui sautillaient nu-tête devant eux, tout rentrait chez soi. Et, jusqu’à la nuit, cinq ou six hommes, toujours les mêmes, restaient à jouer au bouchon, devant la grande porte de l’auberge.
       L’hiver fut froid. Les carreaux, chaque matin, étaient chargés de givre, et la lumière, blanchâtre à travers eux, comme par des verres dépolis, quelquefois ne variait pas de la journée. Dès quatre heures du soir, il fallait allumer la lampe.
Flaubert, Madame Bovary, (1857), 1ère partie, chapitre IX

Séquence 1 texte 2



      Séquence 1 : Le personnage de roman au féminin  Texte 2
L’héroïne libertine
      Entrée dans le monde dans le temps où, fille encore, j’étais vouée par état au silence et à l’inaction, j’ai su en profiter pour observer et réfléchir. Tandis qu’on me croyait étourdie ou distraite, écoutant peu à la vérité les discours qu’on s’empressait de me tenir, je recueillais avec soin ceux qu’on cherchait à me cacher.
       Cette utile curiosité, en servant à m’instruire, m’apprit encore à dissimuler : forcée souvent de cacher les objets de mon attention aux yeux qui m’entouraient, j’essayai de guider les miens à mon gré ; j’obtins dès lors de prendre à volonté ce regard distrait que depuis vous avez loué si souvent. Encouragée par ce premier succès, je tâchai de régler de même les divers mouvements de ma figure. Ressentais-je quelque chagrin, je m’étudiais à prendre l’air de la sécurité, même celui de la joie ; j’ai porté le zèle jusqu’à me causer des douleurs volontaires, pour chercher pendant ce temps l’expression du plaisir. Je me suis travaillée avec le même soin et plus de peine pour réprimer les symptômes d’une joie inattendue. C’est ainsi que j’ai su prendre sur ma physionomie cette puissance dont je vous ai vu quelquefois si étonné.
        J’étais bien jeune encore, et presque sans intérêt : mais je n’avais à moi que ma pensée, et je m’indignais qu’on pût me la ravir ou me la surprendre contre ma volonté. Munie de ces premières armes, j’en essayai l’usage : non contente de ne plus me laisser pénétrer, je m’amusais à me montrer sous des formes différentes ; sûre de mes gestes, j’observais mes discours ; je réglais les uns et les autres, suivant les circonstances, ou même seulement suivant mes fantaisies : dès ce moment, ma façon de penser fut pour moi seule, & je ne montrai plus que celle qu’il m’était utile de laisser voir.
     Ce travail sur moi-même avait fixé mon attention sur l’expression des figures et le caractère des physionomies ; et j’y gagnai ce coup d’oeil pénétrant, auquel l’expérience m’a pourtant appris à ne pas me fier entièrement ; mais qui, en tout, m’a rarement trompée.
    Je n’avais pas quinze ans, je possédais déjà les talents auxquels la plus grande partie de nos politiques doivent leur réputation, et je ne me trouvais encore qu’aux premiers éléments de la science que je voulais acquérir.
Pierre Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses, lettre 81 (1782)

séquence 1 texte 1



Séquence 1 : Le personnage de roman au féminin

 Texte 1 : L’héroïne vertueuse

    Il parut alors une beauté à la cour, qui attira les yeux de tout le monde, et l'on doit croire que c'était une beauté parfaite, puisqu'elle donna de l'admiration dans un lieu où l'on était si accoutumé à voir de belles personnes. Elle était de la même maison que le Vidame de Chartres et une des plus grandes héritières de France. Son père était mort jeune, et l'avait laissée sous la conduite de Mme de Chartres, sa femme, dont le bien, la vertu et le mérite étaient extraordinaires. Après avoir perdu son mari, elle avait passé plusieurs années sans revenir à la cour. Pendant cette absence, elle avait donné ses soins à l'éducation de sa fille ; mais elle ne travailla pas seulement à cultiver son esprit et sa beauté, elle songea aussi à lui donner de la vertu et à la lui rendre aimable. La plupart des mères s'imaginent qu'il suffit de ne parler jamais de galanterie devant les jeunes personnes pour les en éloigner. Mme de Chartres avait une opinion opposée ; elle faisait souvent à sa fille des peintures de l'amour ; elle lui montrait ce qu'il a d'agréable pour la persuader plus aisément sur ce qu'elle lui en apprenait de dangereux ; elle lui contait le peu de sincérité des hommes, leurs tromperies et leur infidélité, les malheurs domestiques où plongent les engagements ; et elle lui faisait voir, d'un autre côté, quelle tranquillité suivait la vie d'une honnête femme, et combien la vertu donnait d'éclat et d'élévation à une personne qui avait de la beauté et de la naissance ; mais elle lui faisait voir aussi combien il était difficile de conserver cette vertu, que par une extrême défiance de soi-même et par un grand soin de s'attacher à ce qui seul peut faire le bonheur d'une femme, qui est d'aimer son mari et d'en être aimée.
      Cette héritière était alors un des grands partis qu'il y eût en France ; et quoiqu'elle fût dans une extrême jeunesse, l'on avait déjà proposé plusieurs mariages. Mme de Chartres, qui était extrêmement glorieuse, ne trouvait presque rien digne de sa fille ; la voyant dans sa seizième année, elle voulut la mener à la cour. Lorsqu'elle arriva, le Vidame alla au-devant d'elle ; il fut surpris de la grande beauté de Mlle de Chartres, et il en fut surpris avec raison. La blancheur de son teint et ses cheveux blonds lui donnaient un éclat que l'on n'a jamais vu qu'à elle ; tous ses traits étaient réguliers, et son visage et sa personne étaient pleins de grâce et de charmes.
Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves, première partie, 1678

1ère SB Cahier de textes 6



Séquence 6 : Argumenter par la fiction
Objet d'étude : La question de l’Homme dans les genres de l’argumentation du XVIe  à nos jours.
Support : Œuvre intégrale 3 : Diderot, Supplément au voyage de Bougainville (1796)
·         Comment Diderot multiplie genres argumentatifs et personnages pour proposer une réflexion sur l’Homme.
·         Un double regard sur les Tahitiens et les Européens.
Objectifs : Les genres argumentatifs, le dialogue philosophique, l’utopie, l’Homme au temps des Lumières.
Lectures analytiques :
1.       Conversation et philosophie - Dialogue entre A et B  (chap.1)   « A- Ô Aotourou…  B- Vous le saurez. »
2.      Le discours du vieux Tahitien (chap.2) « Puis s’adressant …nous le possédons. »
3.      Dialogue entre Orou et l’Aumônier (chap.3) « La fille déshonorée…un nombre égal de filles et de garçons. »
Documents complémentaires : Roy Lewis, Pourquoi j’ai mangé mon père (extrait) ;  Les joutes verbales  dans Ridicule (film de P. Leconte).
Histoire des Arts : Gauguin, D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?
                  
PLAN DE TRAVAIL
20/03- S1 : Les contextes
1.       La question de l’homme au siècle des Lumières
2.       Découverte du monde et récits de voyage
3.       Diderot : l’homme et l’œuvre
N.B- Le travail de recherche effectué lors de la séance 5 de la séquence précédente s’insère dans cette séance.
21/03-S2 : Se repérer dans le texte
Ø  Fiche de lecture à compléter (doc.1)
Test de lecture
28/03-S3 : LA n°1 Conversation et philosophie - Dialogue entre A et B  (chap.1)   « A- Ô Aotourou…  B- Vous le saurez. »
Ø  Comment comprenez-vous l’expression « la fable d’Otaïti » ? Quel rôle joue cette formule dans l’extrait ?
Ø  Comment comprenez-vous l’expression «  ce préambule qui ne signifie rien » ?
19/03-S4 : L’argumentation à l’écrit du bac (TP)
3/04- Écrit du bac blanc
4/04 au 10/04 : Oraux du bac blanc
11/04-S5 : L A n° 2 : Le discours du vieux Tahitien (chap.2) « Puis s’adressant …nous le possédons. »
Ø  Quels sont les procédés rhétoriques de l’accusation dans cet extrait ?
12/04- S6 : La question du genre argumentatif : essai, dialogue, conte et utopie
18/04- S7 : LA n° 3  Dialogue entre Orou et l’Aumônier « La fille déshonorée…un nombre égal de filles et de garçons. »
19/04-S8 : L’argumentation par le dialogue
Les joutes verbales – extrait du film Ridicule
Roy Lewis, Pourquoi j’ai mangé mon père (extrait) 
Ø  Sur quoi porte l’argumentation et quelles sont les thèses en présence ? Qui semble gagnant à l’issue du texte ?
Ø  Sur quoi repose le plaisir du lecteur ?
24/04-S9 : HDA : Gauguin