Séquence 3 : Les luttes contre
l’injustice
Texte n°4
Texte n° 4 : Zola, Germinal, extrait de la quatrième partie, chapitre 7
Etienne annonçant la
révolution sociale
- Camarades, vous
avez entendu, voilà un de nos anciens, voilà ce
qu'il a souffert et ce que nos enfants souffriront, si nous
n'en finissons pas avec les voleurs bourreaux.
Il fut terrible,
jamais il n'avait parlé si violemment. D’un bras, il maintenait le vieux Bonnemort,
il l’étalait comme un drapeau de misère et
de deuil, criant vengeance. En phrases rapides, il
remontait au premier Maheu, il
montrait toute cette famille usée à la mine, mangée par la Compagnie, plus
affamée après cent ans de
travail; et, devant elle, il mettait ensuite
les ventres de la Régie[1], qui
suaient l'argent, la bande des actionnaires entretenus comme des filles depuis un siècle, à ne rien faire, à
jouir de leur corps.
N'était-ce pas effroyable? Un peuple d’hommes crevant au fond
de père en fils, pour qu'on paie des pots-de-vin à
des ministres, pour que des générations de grands
seigneurs et de bourgeois donnent des fêtes ou
s'engraissent au coin de leur feu ! Il avait étudié les maladies des
mineurs, il les faisait défiler toutes,
avec des détails effrayants : l’anémie, les
scrofules[2], la
bronchite noire, l'asthme qui étouffe, les rhumatismes qui paralysent.
Ces misérables, on les jetait en pâture aux
machines, on les parquait ainsi que
du bétail dans les corons[3], les grandes Compagnies les absorbaient peu à peu, réglementant l'esclavage, menaçant d'enrégimenter tous les travailleurs
d'une nation, des millions de bras, pour la fortune d'un millier de
paresseux. Mais le mineur n'était plus
l'ignorant, la brute écrasée dans les entrailles du sol. Une armée poussait des profondeurs des fosses, une moisson de
citoyens dont la semence germait et ferait éclater la terre, un jour de grand
soleil. Et l'on saurait alors si, après quarante années de service, on oserait offrir cent
cinquante francs de pension à un vieillard de soixante ans, crachant de la
houille[4],
les jambes enflées par l'eau des tailles[5].
Oui! le travail demanderait des comptes au capital, à ce dieu impersonnel,
inconnu de l'ouvrier, accroupi quelque part, dans le mystère de son tabernacle[6],
d'où il suçait la vie des meurt-la-faim qui le nourrissaient! On irait là-bas,
on finirait bien par lui voir sa face aux clartés des incendies, on le noierait
sous le sang, ce pourceau immonde, cette idole monstrueuse, gorgée de chair humaine!
Zola,
Germinal (1885)
